Bricolage

Peut-on mettre la tonte de pelouse dans le potager et à quelles conditions ?

Main étalant herbe coupée fraîche entre rangs de tomates

Quand on tond régulièrement, on se retrouve vite avec des sacs d’herbe tondue dont on ne sait que faire, alors que le potager manque souvent de matière organique. Le rapprochement paraît logique, et il l’est, à condition de respecter quelques règles de base. Voici la réponse directe, puis la méthode pas à pas.

Oui, à condition d’étaler la tonte en couche fine et sèche

La règle tient en quelques mots : la tonte de pelouse va au potager en paillage, sèche, en couche de 2 à 3 cm maximum, et uniquement si la pelouse n’a reçu aucun désherbant. La tonte fraîche, elle, ne doit jamais être déposée en grosse épaisseur. Si l’une de ces conditions manque, mieux vaut passer par le compost.

Pourquoi cette précaution ? L’herbe tondue est une matière verte, riche en azote et gorgée d’eau. Posée en tas, elle se tasse, s’échauffe et fermente en quelques jours. Vous obtenez alors une croûte visqueuse et malodorante qui prive le sol d’air et attire limaces et moucherons. Séchée puis étalée finement, elle se décompose au contraire en douceur et nourrit la vie du sol.

Les bénéfices sont bien réels. Le paillage avec de la tonte séchée limite les mauvaises herbes, réduit l’évaporation et garde l’humidité plus longtemps, ce qui espace les arrosages en été. Il protège aussi le sol des écarts de température et de la pluie battante. En se décomposant, il libère de l’azote, très apprécié des légumes gourmands comme les tomates, les courges, les poireaux ou les choux.

Comment pailler le potager avec la tonte

La méthode est courte, mais chaque étape compte. Le séchage est celle que l’on oublie le plus souvent, alors qu’elle fait toute la différence entre un paillis efficace et un tas qui fermente.

  1. Étalez la tonte fraîche en couche de quelques centimètres sur une bâche, une allée ou une pelouse déjà tondue, de préférence au soleil.
  2. Retournez-la une ou deux fois par jour pendant 1 à 3 jours, jusqu’à ce qu’elle soit fanée et légère, de couleur paille.
  3. Désherbez et arrosez la zone si le sol est sec, car le paillage conserve l’humidité mais ne la crée pas.
  4. Répartissez la tonte séchée entre les rangs et autour des plants, en gardant 5 à 10 cm de vide autour du collet de chaque légume.
  5. Renouvelez par petites touches, toutes les une à deux semaines, plutôt que de tout verser d’un coup.

Cette distance au pied des légumes évite que l’humidité reste coincée contre les tiges, ce qui favorise la pourriture et les maladies. Les semis et les jeunes plants demandent encore plus de prudence : attendez qu’ils soient bien installés avant de pailler, sinon la tonte les étouffe et abrite des limaces.

Quelle quantité prévoir ?

Pour fixer les idées, comptez 2 à 3 cm de tonte séchée, soit environ un seau de 10 litres pour 1 m² de sol. Une couche plus épaisse se tasse et devient imperméable. Comme la tonte se tasse et se décompose vite, une couche fine rechargée régulièrement donne de meilleurs résultats qu’un gros apport unique.

Mélanger avec d’autres paillis

La tonte est très riche en azote, mais pauvre en carbone. Pour équilibrer, mélangez-la à une matière brune comme des feuilles mortes déchiquetées, du broyat fin ou de la paille. Ce mélange se décompose plus lentement, tient mieux en place et reste plus aéré. En pratique, une couche de broyat ou de feuilles mortes déposée sous la tonte séchée donne un paillage plus durable.

Les risques à éviter : tonte fraîche, épaisseur, pelouse traitée

Herbe tondue en tas epais entre les rangs

Le premier piège est la tonte fraîche en épaisseur. Au-delà de quelques centimètres, la fermentation s’installe, la température monte (c’est l’échauffement) et les racines des plantes voisines peuvent en souffrir. Si vous n’avez pas le temps de la faire sécher, une couche vraiment très fine, d’environ 1 cm, reste possible entre les rangs. Elle disparaît en quelques jours.

Deuxième point de vigilance : les graines. Une pelouse qui a monté en graines, ou envahie de liseron, de chiendent ou de pissenlits, risque d’introduire ces indésirables dans vos planches. Dans ce cas, mieux vaut composter l’herbe tondue, ou la réserver aux zones non cultivées. Tondez plutôt avant la montée en graines pour récupérer une tonte propre.

Pelouse traitée : le délai à respecter avant tout paillage

Un désherbant gazon ou un anti-mousse peut laisser des résidus dans l’herbe pendant plusieurs semaines. Épandue au potager, cette tonte peut brûler ou déformer les légumes. Lisez l’étiquette du produit utilisé et, à défaut d’indication claire, écartez au moins les 3 ou 4 premières tontes après le traitement. En cas de doute, ne mettez pas cette herbe au potager.

Enfin, évitez de pailler en continu avec de la tonte seule sur un sol déjà très humide. Dans les printemps pluvieux, une couche trop dense retient l’eau et attire les limaces. Un coup d’œil régulier sous le paillage suffit : si le sol est frais et aéré, tout va bien. S’il sent mauvais ou forme une croûte, retirez l’excédent et laissez sécher.

Composter la tonte, une alternative quand il y en a trop

Lorsque la tonte dépasse ce que le potager peut absorber, le compostage prend le relais. L’herbe tondue joue le rôle de matière verte dans le composteur et accélère la décomposition, à condition de l’équilibrer. La règle courante consiste à mêler une part de tonte à deux parts de matière brune : feuilles mortes, carton brun déchiré, petites branches broyées.

Si vous videz un sac entier d’un coup, le tas se tasse et fermente de façon désagréable. Ajoutez la tonte par fines couches, en alternance avec la matière brune, et aérez le tas de temps en temps. Le compost obtenu au bout de quelques mois pourra ensuite être incorporé au sol ou étalé au pied des légumes, sans risque de fermentation.

La tonte laissée sur place est aussi une option : en tondant haut et souvent, l’herbe fine se décompose directement sur la pelouse et la nourrit. Entre cette solution, le paillage sec et le compostage, vous n’avez plus de raison de jeter vos tontes en déchetterie.

Partager cet article
Article publié par la rédaction de Lechti Bricoleur.

A lire aussi

Laisser un commentaire —

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *