Une vigne de table non taillée donne beaucoup de bois, des grappes minuscules et des grains qui peinent à mûrir. La taille de la vigne sert à concentrer la vigueur du cep sur quelques sarments bien placés, afin d’obtenir des grappes plus grosses et plus sucrées. Le geste paraît technique, mais il repose sur une logique simple : le raisin naît sur les pousses de l’année, elles-mêmes issues de sarments d’un an.
Comment tailler une vigne de raisin de table, pas à pas
La taille d’hiver se déroule toujours en trois temps. On commence par nettoyer, on choisit ensuite le bois à conserver, puis on raccourcit chaque sarment retenu en comptant les yeux (les bourgeons).
- Supprimer le bois mort, cassé, malade ou mal orienté, ainsi que les sarments qui se croisent ou qui poussent vers l’intérieur de la treille.
- Repérer les sarments de l’année précédente : lisses, plus clairs et plus souples que le vieux bois. Ce sont eux qui porteront les prochaines grappes.
- Raccourcir chaque sarment gardé en coupant à 1 à 2 cm au-dessus du dernier œil conservé, sans abîmer le bourgeon.
Le nombre d’yeux à laisser dépend du système choisi. En taille Guyot, on garde sur chaque bras une baguette de 6 à 10 yeux, attachée à l’horizontale sur le fil, et un courson de 2 yeux placé près du tronc. Ce courson fournira la baguette de l’année suivante, ce qui renouvelle le bois chaque hiver.
En taille en cordon, la charpente reste en place de façon permanente, à environ 1 m à 1,20 m du sol. On rabat alors chaque sarment sur un courson de 2 yeux, en espaçant les coursons de 20 à 25 cm le long du cordon. Cette conduite convient bien aux murs, aux pergolas et aux treilles de jardin, car elle demande moins de reconstruction chaque année.
Pleurs de la vigne : faut-il s’inquiéter ?
Si vous taillez tard, la sève monte et s’écoule goutte à goutte par les plaies de taille. Ces pleurs de la vigne impressionnent, mais ils affaiblissent rarement un cep en bonne santé. Pour les éviter, finissez la taille avant le gonflement des bourgeons.
Quand tailler la vigne de table : période d’hiver et taille d’été
La taille d’hiver se fait en fin d’hiver, avant le débourrement, une fois les feuilles tombées et hors des périodes de gel. Les coupes réalisées par -5 °C cicatrisent mal et le bois peut éclater. Choisissez un jour sec et doux, de préférence entre février et mars.
Le calendrier varie selon la région. Dans le Sud et près de la Méditerranée, on peut commencer dès janvier. Dans l’Ouest et le Centre, février et début mars conviennent bien. Dans l’Est, le Nord et en altitude, mieux vaut attendre la mi-mars, voire début avril, pour éviter les gelées sur les premières coupes.
| Période | Geste à faire |
|---|---|
| Novembre à décembre | Plantation, nettoyage du pied, vérification du palissage |
| Janvier à février | Taille d’hiver dans le Sud et en climat doux |
| Mars à début avril | Taille d’hiver dans les régions fraîches, fumure au pied |
| Mai | Ébourgeonnage : suppression des gourmands et des pousses mal placées |
| Juin à juillet | Taille en vert : pincement des rameaux, relevage, effeuillage léger |
| Septembre à octobre | Vendanges, c’est-à-dire la récolte des grappes à maturité |
La taille en vert complète le travail d’hiver. Elle consiste à retirer les gourmands (pousses vigoureuses nées sur le vieux bois) et à pratiquer le pincement des rameaux fructifères, environ 2 à 3 feuilles au-delà de la dernière grappe. Ce geste dirige la sève vers les grappes plutôt que vers le feuillage. Il aère aussi la treille, ce qui limite le mildiou et l’oïdium.
Former une jeune vigne et installer la treille

La première année, on plante le pied en hiver et on le rabat à 2 yeux. Au printemps, on ne conserve que la pousse la plus vigoureuse, que l’on attache à un tuteur. Aucune grappe n’est attendue, l’objectif est d’installer un système racinaire solide.
L’hiver suivant, on raccourcit ce sarment à 2 ou 3 yeux au-dessus du point de greffe du porte-greffe, en gardant un tronc droit. Pendant ce temps, on installe le palissage : trois fils de fer galvanisés tendus à environ 50 cm, 1 m et 1,50 m du sol, ou une pergola solide si l’on préfère une treille couverte. Un support mal tendu se déforme sous le poids des grappes, mieux vaut donc le soigner dès le départ.
La troisième année, on forme la charpente. Pour un Guyot, on garde deux sarments latéraux que l’on couche sur le fil le plus bas. Pour un cordon, on couche un seul sarment à l’horizontale et on le fixe sans le casser. Les premières vraies récoltes arrivent généralement entre la troisième et la quatrième année.
Outils, précautions et entretien après la taille
Un sécateur bien affûté suffit pour la plupart des sarments, et pour compléter votre équipement, consultez notre guide des outils pour jardiner selon chaque tâche. Pour le vieux bois de plus de 2 cm de diamètre, prévoyez une petite scie à main ou un égoïne. La désinfection des outils à l’alcool à 70° entre deux pieds évite de transmettre les maladies du bois, comme l’esca. Mieux vaut aussi nettoyer les lames après chaque séance.
Évitez les grosses plaies : plus la section est large, plus le bois sèche en profondeur. Si vous devez couper un vieux bras, appliquez un mastic cicatrisant sur la plaie. Évacuez ensuite les sarments taillés, car ils peuvent abriter des spores de champignons.
Après la taille, apportez une fumure légère avec une pelletée de compost mûr au pied, sans excès d’azote qui favoriserait le feuillage au détriment des grappes. Arrosez les jeunes plants pendant leurs deux premières années en cas de sécheresse. Au débourrement, un traitement préventif à la bouillie bordelaise ou au soufre protège contre le mildiou et l’oïdium.
Erreurs courantes à éviter

La première erreur consiste à ne pas tailler du tout, ou trop timidement. Une vigne laissée libre multiplie les grappes, mais elles restent petites, serrées et souvent peu sucrées. À l’inverse, une taille trop sévère provoque une poussée de bois sans fruits, car la vigne compense en produisant des gourmands.
On commet aussi l’erreur de tailler pendant une gelée ou juste après un redoux fort. Le bois gelé se fend et les coupes cicatrisent mal. Une autre faute fréquente est de couper trop près de l’œil, ce qui le dessèche, ou de laisser un long chicot au-dessus, qui pourrit.
Trois repères chiffrés pour ne pas se tromper
Coupe à 1 à 2 cm au-dessus du dernier œil. Courson à 2 yeux, baguette à 6 à 10 yeux maximum. Cordon à 1 m à 1,20 m du sol, avec un courson tous les 20 à 25 cm.
Enfin, beaucoup de jardiniers négligent la taille en vert. Sans pincement ni effeuillage léger, la treille devient un enchevêtrement humide où les maladies s’installent. Quelques minutes au sécateur en juin suffisent souvent à protéger la récolte d’août et de septembre.





