Multiplier ses rosiers par bouture coûte presque rien : un sécateur, un pot, un peu de terreau et de la patience suffisent. La réussite tient surtout à deux choses, le bon moment pour prélever la tige et la qualité du bois choisi. Voici le calendrier, puis la méthode pas à pas pour obtenir de nouvelles racines.
Quand bouturer un rosier ?
La meilleure période pour le bouturage du rosier va de la fin d’été à l’automne, en pratique d’août à septembre selon la région. À ce moment, les tiges ont fini leur floraison et le bois est devenu semi-aoûté : ni trop tendre, ni trop dur. Les températures plus douces limitent aussi le dessèchement de la bouture.
Deux autres créneaux existent. Au printemps, on peut prélever l’extrémité de pousses de l’année encore souples, avec un enracinement d’environ deux mois dans de bonnes conditions. De la mi-automne à la fin de l’hiver, on utilise des rameaux aoûtés, plus robustes mais plus lents à reprendre. Dans tous les cas, évitez les épisodes de forte chaleur, de gel ou de sécheresse.
Pour vérifier que le bois est prêt, pliez une tige : si elle casse net en faisant un petit bruit sec, elle est au bon stade. Si elle plie sans rompre, elle est trop tendre. Si elle est dure, brune et ligneuse, elle risque d’être trop vieille pour émettre des racines.
Quels rosiers peut-on bouturer ?
Le bouturage fonctionne surtout avec les rosiers francs de pied, c’est-à-dire cultivés sur leurs propres racines : rosiers anciens, rosiers botaniques, nombreux rosiers couvre-sol ou paysagers. Un rosier greffé, lui, associe une variété décorative à un porte-greffe choisi pour sa vigueur. La bouture ne porte alors que la partie décorative, sans le système racinaire qui faisait sa force : elle s’enracine mal, reste souvent chétive et peut perdre ses qualités d’origine.
Certains rosiers greffés se bouturent malgré tout, mais le taux de réussite est faible. Si vous avez un doute, regardez la base du rosier : un renflement net au niveau du collet trahit une greffe.
Comment prélever et préparer la bouture ?

Choisissez une tige saine de l’année, vigoureuse, sans tache ni trace de maladie, de préférence sur un rosier qui vient de fleurir. Prélevez-la avec un sécateur propre et bien affûté, de préférence le matin quand la plante est gorgée d’eau. Une lame désinfectée à l’alcool évite de transmettre des champignons.
Voici la préparation, étape par étape :
- Coupez un tronçon de 15 à 20 cm (jusqu’à 25 cm pour un bois bien vigoureux), avec 3 à 4 nœuds.
- Faites la coupe du bas juste sous un nœud, bien nette, en biseau pour repérer le sens de la bouture.
- Coupez la tête à plat, environ 1 cm au-dessus d’un œil, pour ne pas confondre haut et bas.
- Retirez les feuilles du bas et les épines qui gênent, et gardez deux ou trois feuilles en haut, que vous pouvez raccourcir de moitié pour limiter l’évaporation.
- Trempez la base dans une poudre ou un gel d’hormone d’enracinement. Cette étape est facultative, mais elle améliore souvent la reprise.
Comment planter la bouture et l’enraciner ?
Le substrat doit être léger, drainant et jamais lourd : un mélange de terreau et de sable à parts égales convient très bien. Remplissez un pot d’une quinzaine de centimètres de profondeur, avec des trous de drainage, et humidifiez le mélange avant de planter. Faites un avant-trou avec un crayon pour ne pas arracher l’hormone en enfonçant la tige.
Enterrez la bouture aux deux tiers, de façon qu’au moins deux nœuds soient sous terre, puis tassez légèrement autour. Plusieurs boutures peuvent cohabiter dans un grand pot si elles restent espacées de quelques centimètres. En pleine terre, la méthode est identique : creusez une petite tranchée à l’ombre, ajoutez du sable au fond et plantez la bouture en suivant les mêmes règles (notre article sur la bouture de rosier en pleine terre précise aussi le bon moment).
Mini-serre maison : le pot sous sachet
Glissez le pot dans un sachet plastique transparent et maintenez-le ouvert avec deux tuteurs pour qu’il ne touche pas les feuilles. Vous créez ainsi une atmosphère humide sans matériel spécialisé. Aérez quelques minutes tous les deux ou trois jours pour éviter la moisissure.
Comment entretenir la bouture jusqu’au repiquage ?
Placez le pot à mi-ombre, à l’abri du soleil direct qui brûlerait les feuilles, mais dans un endroit lumineux. L’humidité du substrat doit rester constante : il doit être frais, jamais détrempé. Un arrosage léger, à petite dose, vaut mieux qu’un apport abondant qui fait pourrir la base de la tige.
L’enracinement est lent et peut durer plusieurs mois. Ne tirez pas sur la bouture pour contrôler : de nouvelles feuilles qui apparaissent au sommet sont le meilleur signe que les racines se développent. Si les feuilles du haut jaunissent et tombent, pas de panique, la tige peut malgré tout vivre.
Pendant l’hiver, protégez le pot du gel en le rentrant dans un endroit hors gel (abri, véranda non chauffée). Le repiquage se fait à la saison suivante, au printemps, quand le chevelu de racines remplit le pot. Installez alors le jeune rosier en pleine terre ou dans un pot plus grand, avec un terreau riche, et arrosez régulièrement la première année.
Les erreurs fréquentes qui font échouer une bouture

| Erreur | Conséquence | Bon réflexe |
|---|---|---|
| Tige trop tendre | Elle noircit et pourrit avant de s’enraciner | Tester la cassure nette avant de prélever |
| Substrat détrempé | Base de la tige pourrie, absence de racines | Ajouter du sable et vérifier le drainage du pot |
| Arrosage excessif | Moisissures et asphyxie du bois | Arroser peu, mais régulièrement |
| Soleil direct | Feuilles grillées, bouture desséchée | Placer le pot à mi-ombre |
| Rosier greffé bouturé | Faible reprise, plante chétive | Choisir un rosier franc de pied |
Comptez sur un taux de réussite moyen : même avec une bonne méthode, toutes les boutures ne prennent pas. Préparez donc cinq à dix tiges pour obtenir deux ou trois nouveaux rosiers, et vous aurez multiplié vos plants préférés sans dépenser un euro de pépinière.





